L’équilibre instable du vélo

voyage à vélo

Quelle est cette sorcellerie qui nous fait tenir en équilibre sur ces deux fines rondelles de caoutchouc? Cette magie qui, au lieu de nous faire tanguer de bâbord à tribord, comme un cheval ivre, trace devant nous une ligne droite dont l’extrémité se défile devant nous?


Avancer. Avancer toujours. C’est l’élan, l’impulsion des pieds sur les pédales qui sert de formule magique. L’impulsion du voyage qui nous fait avancer un peu chaque jour, mettant en jeu un autre équilibre instable, entre soi (nos besoins physiologiques) et le dehors (la découverte, l’appel de l’aventure).
C’est ce versant du voyage vélocyclopédique que je voudrais gravir avec vous. Je vous embarque pour un petit tour en tandem de ce que peut être le voyage à vélo. Rien d’universel dans tout cela.

A moins que… ?

Rouler, Manger, Dormir

Ces trois mots sont imprimés sur ma rétine dès que je ferme les yeux. Impossible pourtant de me souvenir où je les ai lu dans cet ordre, avec la sobriété des points et l’économie d’effort du verbe à l’infinitif. Comme un asthmatique en pleine crise, dont chaque mot représente un pari sur la communication de son message.

Rouler

vélo cartocyclo

L’appel du voyage est indubitablement centrifuge. C’est d’abord le monde qui nous appelle: les grands espaces, le vertige vertical des montagnes ou horizontal des plaines, la verdure ou la blondeur des champs, l’ombre des rochers le long des gorges, les rencontres d’un jour ou d’une vie. Ça commence souvent bien avant le départ, des semaines, voire des mois auparavant.

Les fourmis dans les pattes, la sensation d’étouffer dans un costume trop serré aux emmanchures. Les préparatifs pratiques qui s’invitent jusque dans nos rêves, autant de symptômes dont il est vain de nier la gravité. Besoin d’air, besoin de liberté… il était temps de prendre le vélo par les cornes.


Voyager à vélo, c’est adopter un rythme propice à la découverte. Ni trop lent, comme peut l’être la marche à pied (dont le risque est l’endormissement par auto-hypnose et manque de variété, pour des esprits chagrins comme le mien). Ni trop rapide, comme la voiture qui fonce à toute allure entre des paysages que l’on ne parvient à apercevoir qu’au prix d’efforts visuels que le travail quotidien devant un ordinateur  ne saurait égaler.

À lire aussi >> Récit de voyage sur la Véloroute du Rhin

Voyager à vélo,  c’est à la fois faire partie du paysage que l’on traverse, en ressentir la fraîcheur,  la lumière et la densité. Mais aussi comme un spectateur, le voir avancer avec nous, se transformer à mesure qu’on pense l’apprivoiser. Un compagnon de route inattendu, en quelque sorte.

Manger, Dormir

Pédaler sur les routes et chemins, pendant plusieurs heures par jours – même à un rythme de dilettante, sans chercher l’effort ou le dépassement de soi. C’est accepter de remettre son corps entre les mains… de son corps. On ne peut plus se payer le luxe de le côtoyer comme un vague coloc’ qu’on croise dans les couloirs et avec qui on partage par hasard un repas sur la semaine.

Il devient cet autre coloc’ hyper-envahissant qui règne en maître sur notre emploi du temps, l’heure et la composition des repas, le moment de la sieste et l’extinction des feux le soir.

manger rouler

Manger, dormir, rouler

En quelques semaines, nous voilà redevenus ce que nous n’avons jamais cessé d’être. Un corps en mouvement, un corps au repos. Chaque coup de pédale remet un peu d’ordre, un peu de désordre parfois, dans ce qu’on est venu chercher (soi ? le dehors ?). Et le balancier s’équilibre naturellement, il doit s’équilibrer pour poursuivre sa route.

voyage vélo

Rouler

Sans autre destination que la prochaine rasante, sans autre but que le voyage lui-même…

voyage vélo cartocyclo

Les auteurs de cet article :

Mallorie et Marc sont tombés amoureux du voyage à vélo en 2007 lors de la plus longue canicule qu’ait connu la Belgique. Après plus de 20.000 km sur les routes, cette fouineuse d’anecdotes en tout genre et ce géographe ont fondé CartoCyclo. Une jeune et petite maison d’édition basée au cœur des Cévennes et spécialisée dans les atlas et guides pour cyclo-voyageurs en France.


Leur premier atlas-guide « Le Canal des 2 Mers et son itinéraire Bis » est disponible sur CartoVelo.

One Reply to “L’équilibre instable du vélo”

  1. Génial ! Le même plaisir à vous lire qu’à vous rencontrer ! Bise à vous deux

Laisser un commentaire